NÉODEMOS

E D I T O R I A L : Néodemos, Culture & M. Diène

‘’Dans la forêt, quand les branches des arbres se querellent, leurs racines s’embrassent’’

Proverbe Africain.

 

Cela ne vous aura pas échappé, l’association Néodemos a fait sienne la notion de culture qu’elle entend décliner et mettre en valeur sous différentes formes pour donner vie à son projet.

 

Sans doute est-il donc nécessaire d’expliquer plus en détails ce que la Culture signifie pour nous et les représentations que nous en avons. Ces dernières ont été largement inspirées par les propos d’un homme, Doudou Diène [1], qui a su mettre des mots sur ce que nous ne parvenions pas à qualifier mais qui pourtant était le moteur de nos initiatives.

 

Comme il l’explique lui-même, la notion de culture, trop vaste pour être définie en quelques phrases de manière exhaustive, peut être envisagée sous au moins trois dimensions dialoguant les unes avec les autres.

 

La première, celle de l’esthétique, renvoie à ce que l’Homme produit, ce qu’il crée. La peinture, l’architecture ou la musique en sont des formes qui nous entourent. Mais d’après lui, s’il est indéniable qu’une telle création peut se voir comme les marqueurs des identités culturelles, il reste qu’elle n’en est pas la forme qui exprime le plus clairement les valeurs humaines qui la précèdent. En tout cas, il suffit de regarder pour juger, ce qui ne pousse ni à la découverte, ni à la compréhension.

 

Sans doute est-il donc utile d’intégrer une deuxième dimension, celle de l’éthique qui vient se superposer à l’esthétique et permet de lui donner un sens. Intégrer cette dimension c’est toucher du doigt l’humanité de chacun, c'est-à-dire aux valeurs et représentations qui l’ont façonné et aux contextes dans lesquelles elles s’inscrivent.

 

Manque encore un élément pour compléter le tableau : la dimension spirituelle dont on ne peut se passer si on veut appréhender pleinement la culture. Cette idée que nous sommes entourés par autre chose que ce que l’on voit, qu’il y a un sens à notre existence et finalement qu’une certaine transcendance plane au dessus de nos têtes n’est-elle pas ce qui précède toute expression culturelle ?

 

"A une époque où le paradigme néolibéral, désormais entériné, a relégué la Culture au rang de marchandise propre à être consommée plutôt que comprise, il nous semble nécessaire de sortir de cet état de fait..."

 

 

Esthétique, éthique, spiritualité, voilà donc ce qui fonderait la base de toute culture. Toutefois, il n’est pas rare que cette dernière soit avant tout appréhendée au prisme de la première dimension, sous son jour esthétique. La difficulté réside finalement dans le passage de la première à la deuxième dimension, ce dépassement des perceptions qui fondent nos jugements mais qui empêchent de comprendre réellement l’Autre.

 

C’est précisément ici que nous nous positionnons, dans cette volonté de jeter les bases d’un esprit propice à opérer ce passage.

 

A une époque où le paradigme néolibéral, désormais entériné, a relégué la Culture au rang de marchandise propre à être consommée plutôt que comprise, il nous semble nécessaire de sortir de cet état de fait, de cette course à la rentabilité pour rendre à la culture la place qu’elle mérite, à savoir celle de l’expression de la pensée et des valeurs humaines.

 

Dans ce sens, sans doute est-il d’abord primordial de comprendre que nous sommes nous-mêmes les acteurs de la Culture. Nous baignons dans l’interculturalité, et ce depuis que l’Homme a posé son regard sur l’Autre et a, par là même, donné naissance à une tension permanente entre le maintien de l’unité et la reconnaissance de la diversité. De fait, nous sommes donc tous porteurs de lunettes culturelles qui nous permettent d’appréhender le monde social qui nous entoure pour s’y faire une place. De cette appréhension découle notre rapport à l’Autre, et au Monde. 

 

Finalement, un mot d’ordre pour résumer tout cela : déconstruction. Déconstruction pour comprendre que le regard que nous portons sur l’autre n’est pas une fin en soi. Déconstruction pour se rendre compte qu’il est le fruit d’une construction sociale façonnée par notre éducation, notre scolarité, notre socialisation.

 

Une fois ces lunettes nettoyées et cette prise de conscience achevée, le chemin est ouvert vers la compréhension de la Culture. Reste seulement à le parcourir ensemble.

                                                                                                                          

Néodemos

 

 

[1] Ancien rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance. Nos propos se basent sur une retranscription d’une conférence que Doudou Diène a donné à l’Institut des Droits de l’Homme de Lyon.

 

 

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