NÉODEMOS

La chronique des textes éclatés #2 : "Un pas après l'autre"



"Un pas après l'autre"


Elle arpente les rues à la recherche des empreintes de pas de ses amants oublieux. Marcher en ville se teinte d'espoir ébauché, pas assumé, déception plus facilement avalable quand l'évidence de son absence se transforme en fatalité. Elle a une relation étrange avec le vide, il se dessine insidieusement dans sa poitrine et la frappe en traître quand elle s'y attend le moins, solitude ensanglantée de son épuisement hormonal redescente alcoolisée contestée et le sommeil pas désiré toujours refoulé qui la prend pour cible, sniper de ses nuits. Elle écrit sans musique, ce soir, sans artificiels dans son sang, seulement le tabac qui pulse dans ses poumons récalcitrants de la vie qu'ils entretiennent. Elle est pas sortie, pas la force, c'est difficile parfois de tenir le masque garder le sourire accroché aux oreilles, faire briller les yeux correctement pour éviter les questions et faire durer l'oubli. Retarder la nuit sans réverbères. Inspirer, expirer, écrire c'est si dur pour elle en ce moment, elle a peur que ses doigts ripent et écrivent son prénom sans qu'elle ne s'en rende compte, elle a peur d'invoquer son image alors elle rit fort fume beaucoup pour conjurer le manque, comme un enfant enfouit le visage dans son oreiller pour ne pas voir les monstres derrière les rideaux. Elle a encore faim, elle a déjà mangé donc elle s'en veut, l'obsession du miroir cauchemar est trop omniprésente pour qu'elle s'abandonne encore cette nuit, alors elle avale la fumée et fantasme l'alcool pour faire passer les crises. Les jours passent sans qu'ils ne se fassent remarquer, rien de nouveau dans le gris du quotidien embrumé par le champ de bataille déserté du corps, angoisse et apathie, tout paraît si brillant vivant réel de leur côté du quai, pourquoi comment j'en suis venue à adorer la nuit la révérer messes noires de mon été, et à la détester autant ? Les ongles sont cassés, la confiance est partie là où il fait plus chaud, et j'inspire, expire, inspire expire expire et tousse sur mon bout de balcon boîte à souvenirs.


Nelson, artiste semi-anonyme


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