NÉODEMOS

Jardin ouvrier, lieu de contrastes et de contradictions

Présent dans toutes les régions industrielles depuis la deuxième moitié du XIXème siècle, le jardin est un pilier de la culture ouvrière. A Saint Etienne, on connait  « jardins Volpette » du nom de leur créateur, le père Volpette, et ils agrémentent l’espace  en créant une couronne de verdure et de culture autour de la ville. Mais au-delà de sa place dans le paysage, le jardin ouvrier est porteur de plusieurs significations.

 

 

 

  • Une volonté philanthropique : dans une période, le XIXème siècle, de développement industriel, où la condition ouvrière est dénoncée dans les enquêtes sociales (cf. rapport Villlermé)  et les précurseurs de la sociologie (cf. Marx), l’usage d’un jardin est un apport alimentaire important, par la production des légumes, fruits, voire l’élevage de poules ou de lapins. C’est aussi permettre aux ouvriers, la plupart issus des régions rurales voisines de conserver une pratique coutumière et de la transmettre à leurs enfants.
     

  • Un lieu de transmission de valeurs : L’Eglise a fortement appuyé les jardins comme lieu de transmission de valeurs telles que le travail, la famille, et autres valeurs morales, car un homme qui occupe ses loisirs à cultiver un jardin pour sa famille n’est pas attiré par la fréquentation des cafés et autres lieux de débauche…
     

  • Un lieu de contrôle social affirmé : l’ouvrier qui se voit attribuer un jardin  doit s’en occuper « en bon père de famille ». S’il vient à manquer à ses devoirs, le jardin peut lui être retiré, comme cela était le cas pour les logements attribués par la compagnie minière. Etre un  bon jardinier, c’est être un bon ouvrier.

     

     

 


 

Mais dans cet univers tiré au cordeau, régi par des lois sociales mais aussi par les lois de la nature, un espace de liberté voire d’anarchie demeure, celui de la cabane.

 

Manifestement, la cabane de jardin n’obéit à aucune loi d’architecture et  l’anarchie semble y être la règle. Elle est en ce sens une image du jardinier. Le plan de base en est très simple, quatre murs et un toit le plus souvent à une seule pente, auquel est adjointe une gouttière, la récupération de l’eau de pluie étant vitale pour la culture. Difficile de dire quel est le matériau de construction de base puisque on y trouve de tout, bois, plaques de métal, tôle ondulée, toile goudronnée etc, le tout venant de la récupération…On a l’impression que la cabane se construit,  se répare et évolue  uniquement en fonction de ce dont dispose le jardinier et de ses besoins du moment. Si certaines sont admirables de solidité, d’autres ne semblent tenir debout que par miracle.La cabane a d’abord un rôle utilitaire, celui de ranger les outils nécessaires à la culture, peu nombreux en vérité, à conserver des graines, éventuellement au repos du jardinier, et d’abri les jours de pluie. C’est aussi un lieu de « rangement » de tout ce qui pourrait servir un jour, lieu parfois insuffisant ce qui oblige à utiliser le toit comme entrepôt de vielles roues de voitures, de rambardes métalliques, de vielles tôles de fibro-ciment.

 

 

 

Mais attention, la tendance actuelle dans le réaménagement des jardins est de retrouver une certaine rigueur. Jardins clôturés proprement, symbolique de la propriété, cabanes en « dur »,et construites selon un plan unique,  bidons pour l’eau identiques… Il semble bien que le jardin doive à nouveau mettre en avant les valeurs morales et mettre fin à l’anarchie. Hélas !

 

 

 

Y.C., Août 2017. Photos, appareil Canon EOS 100D

 

(Pour suivre tous les articles et le projet Néodemos, abonnez-vous à notre newsletter)

 

 

Partager sur facebook
Please reload

Please reload

Les articles en lien

Please reload

Les dernières publications