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Le monde arabe : des cerveaux en fuite ?

ECONOMIE ­| Globalisation oblige, la mobilité est un phénomène qui ne cesse de s’accroitre. Mobilité touristique, professionnelle ou étudiante, si elle semble être un choix pour les individus qui l’investissent, elle est aussi contrainte par divers facteurs. Dans la région du monde arabe, les personnes hautement qualifiées y voient une porte de sortie. Certains crient alors à la fuite des cerveaux quand d’autres, au contraire, lui font louanges.

 

 

 Avec une part de sa population diplômée parti s’installer à l’étranger de l’ordre de 10%, la région du monde arabe semble être celle qui souffre le plus du phénomène de la fuite des cerveaux. Des chiffres qui sont parfois bien plus hauts dans certains pays : environs 18% pour le Maroc et 36% pour le Liban.... Et pour cause.

 

L’herbe est plus verte ailleurs

 

Le départ des jeunes diplômés s’explique principalement par un taux de chômage qui ne faiblit pas. Plus encore, les cerveaux qualifiés ont encore plus de peine que ceux qui ne le sont pas à trouver un emploi, la faute à des marchés du travail très peu diversifiés et qui peinent à absorber la main d’œuvre qualifiée. De l’autre coté, nombreux sont les pays développés à la recherche de compétences et qui mettent en place des dispositifs facilitant l’accès des jeunes cerveaux étrangers à leur marché du travail. Epanouissement professionnel largement gratifié ou déclassement social, le départ à l’étranger s’impose comme une fenêtre d’opportunité évidente. La plupart du temps, c’est l’Amérique du nord qui rencontre le plus de succès, même si l’Australie et les pays du Golfe ne sont pas en reste.

 

Brain drain

 

Conséquence : les pays arabes subissent une perte en capital humain voire des pénuries de main-d’œuvre lourdes. Pour exemple, le Maroc souffre d’une insuffisance en informaticiens et ingénieurs qui freine son développement économique. Sans compter que les cerveaux se sont formés dans leur pays d’origine, pour partie au frais de ce dernier. Le retour sur investissement est donc nul et le coût de la formation représente une perte nette. 

 

De telles pertes budgétaires sont visibles dans un pays comme le Liban d’où les cerveaux émigrent en nombre. Et ce d’autant plus que les dépenses en éducation y sont très élevées. Dans la mesure où le pays exporte une grande partie de ses cerveaux, environ 36%, nul besoin d’insister sur le coût que cela peut représenter pour son développement économique qui bat déjà de l’aile.

 

Des départs encouragés

 

Mais à y regarder de plus près, le départ des jeunes diplômés est aussi une stratégie des pays d’origine qui y trouvent leur avantage. On voit ainsi fleurir les initiatives allant dans ce sens. L’Egypte a par exemple mis en place une dérogation de la loi sur l’impôt pour les personnes allant travailler à l’étranger qui leur permet de ne pas être taxés sur les revenus engendrés en dehors du pays. En fait, la population du pays augmente rapidement et le taux de chômage, surtout des jeunes, encore plus vite. Du coup, envoyer des personnes travailler à l’extérieur s’avère bénéfique pour l’Egypte dans la mesure où son marché du travail ne peut pas absorber cette main-d’œuvre et surtout, dans la mesure où les émigrés envoient de l’argent à leur famille dans leur pays d’origine et sont donc une source de richesse.

 

Les remises : le brain gain ?

 

L’effet le plus positif qu’induit l’émigration des cerveaux est en effet les transferts de fonds, (« remises ») auxquels elle donne lieu. Ces derniers ne cessent d’augmenter et jouent un rôle non négligeable dans le financement du développement des pays d’origine. Son montant total dépasse désormais le montant de l’aide publique au développement et se place juste derrière les investissements directs étrangers. Si bien que l’émigration du capital humain représente pour beaucoup de pays arabes une des exportations les plus rentables. Ceci est notamment vrai pour le Liban ou la Jordanie.

 

Ces sommes sont une source de revenus directe pour les familles et proches des migrants qui les utilisent souvent pour subvenir à leurs besoins les plus essentiels mais aussi pour financer les études des jeunes scolarisés. Cet argent peut aussi servir à l’achat de terrain et de logement pour les familles restées au pays. Ce qui peut participer à stimuler la croissance et le développement par des effets multiplicateurs.

 

Au delà des transferts de fonds, certains ne manqueront pas de souligner le rôle joué par les émigrés dans le transfert de connaissances et de technologies, de leur pays d’accueil à leur pays d’origine. Un élément qui pourrait en partie compenser en partie la perte de capitale humain induite par le phénomène de fuite des cerveaux. Ceci dit, un tel transfert ne se réalise à distance que de manière limitée mais prend tout son sens et son utilité dans le cadre des migrations de retour. Un type de migration d’ailleurs largement encouragé par les pays d’origine des émigrés qui espèrent voir leurs cerveaux revenir et aider à leur développement économique.

 

Citoyen Anonyme

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